← Dossier Stanley Meyer sur Tesla3
En octobre 1985, dans les rues de Grove City, dans l’Ohio, un petit buggy Volkswagen attire l’attention de la presse locale. Stanley Allen Meyer assure que le gaz qui alimente son moteur vient de l’eau. Il rêve déjà d’adapter son procédé aux voitures existantes. Treize ans plus tard, l’inventeur meurt alors qu’un centre de recherche doit être inauguré. Entre ces deux scènes, il a laissé une série de brevets, des manuels, des films et un dossier judiciaire dont on retrouve aujourd’hui la trace.
Dans ce dossier
- Avant le buggy, un inventeur du solaire
- 1984–1985, le buggy sort de l’atelier
- 1986–1994, les brevets racontent plusieurs projets
- Visiteurs, caméras et promesse commerciale
- 1993–1997, ce que le registre judiciaire permet de dater
- 20 et 21 mars 1998, le dernier rendez-vous
- Ce que les mémos ajoutent à l’histoire
- Après Meyer, les archives reprennent vie
Avant le buggy, un inventeur du solaire
Stanley Allen Meyer naît le 24 août 1940 à Columbus, dans l’Ohio. Son nom apparaît bien avant les reportages sur la voiture à eau. En 1976, il obtient avec Stephen R. Gray un brevet de chauffage solaire. Le dessin montre un ensemble de lentilles et de guides qui concentrent le rayonnement vers une zone de stockage thermique. Le Grove City Record suit la même année la construction de son installation. C’est un bon point de départ pour comprendre le personnage. Meyer cherche déjà à réunir collecte, stockage et utilisation de l’énergie dans un même système.
Au début des années 1980, la presse locale le rencontre dans son atelier de Grove City, où il développe un générateur de gaz. Les articles de 1981 montrent que l’histoire est déjà publique. Les brevets de cette époque permettent de préciser les objets de son travail, notamment la façon de mélanger et de doser l’hydrogène dans un moteur. Le document US 4 389 981, délivré en 1983, décrit ainsi une admission d’hydrogène gazeux, avec de l’air et une fraction de gaz d’échappement. La production d’hydrogène à partir d’eau constitue une autre partie du dossier.
À lire. Brevet solaire US 3 970 070 · Archives du Grove City Record · Brevet d’injection US 4 389 981
1984–1985, le buggy sort de l’atelier
Le 25 octobre 1984, le Grove City Record publie un reportage sur la machine de Meyer. Dans une scène rapportée par la presse, le rédacteur boit à même le tuyau avant de remplir la cellule. Le geste a fait école. Le spectateur identifie l’eau en un instant, alors que la provenance de toute l’énergie nécessaire au fonctionnement du moteur demande une autre enquête. Un cliché de cette période montre également la cellule près de la roue arrière du buggy. Sa position visible aide à distinguer la démonstration d’une cellule séparée des versions ultérieures à injecteur.
La presse de la foire du comté de Darke annonce le buggy en août 1985. Quelques jours plus tard, le véhicule est retiré du programme et une présentation du principe est maintenue. La chronologie des articles locaux situe au 11 octobre 1985, à Grove City, le premier essai routier rapporté. Ces dates permettent de remettre dans l’ordre des événements souvent fondus dans un même récit. Une démonstration statique, une apparition annoncée à une foire et un déplacement sur route laissent chacun des traces différentes.
À lire. L’annonce à la foire et la photographie · Le retrait du programme · Premier essai routier, reportage du 17 octobre 1985 · La chronologie et ses pièces
1986–1994, les brevets racontent plusieurs projets
En 1986 paraissent deux brevets américains distincts, l’un sur un générateur électrique d’hydrogène, l’autre sur un générateur d’impulsions. En 1989, le brevet US 4 798 661 présente des commandes de tension pour un générateur de gaz. La même année, US 4 826 581 élargit le projet à un traitement des gaz avant leur combustion. En 1990, le brevet US 4 936 961 centre ses revendications sur la production du mélange gazeux dans une cellule à eau intégrée à un circuit pulsé. En 1992, US 5 149 407 réunit la production de gaz et des étapes d’excitation et d’ionisation.
Une autre branche se précise à la même époque. La publication internationale WO 92/22679 porte sur un système d’injection d’eau comme carburant. Le brevet américain US 5 293 857, publié en 1994, décrit pour sa part une gestion du carburant hydrogène dans un moteur à combustion. Le vocabulaire des présentations de Meyer rapproche ces dispositifs. Pour suivre leur évolution, il faut repartir de la fonction de chaque document et de sa date. Une publication de 1994 peut exposer une demande déposée plusieurs années avant, et sa figure n’identifie pas à elle seule le montage visible sur une photo.
- 1986 · Générateur d’hydrogène US 4 613 304 et générateur d’impulsions US 4 613 779
- 1989 · Commande de tension US 4 798 661 et traitement des gaz US 4 826 581
- 1990 · Production de gaz US 4 936 961
- 1992 · Production et traitement US 5 149 407 et système d’injection d’eau WO 92/22679
- 1994 · Gestion du carburant hydrogène US 5 293 857
Visiteurs, caméras et promesse commerciale
À l’automne 1990, trois visiteurs britanniques se rendent à Grove City. L’article paru en janvier 1991 dans Electronics World & Wireless World, conservé dans les archives anglaises de Tesla3, décrit les électrodes, la commande impulsionnelle et le dégagement de gaz observé par les visiteurs. Les descriptions favorables de cette visite ont ensuite circulé de site en site. Le compte rendu publié permet de comprendre pourquoi la démonstration les a intrigués. Pour comparer ses performances à celles d’un électrolyseur, il faudrait retrouver les relevés bruts, les branchements des instruments et une mesure indépendante de la composition et du débit.
L’atelier reçoit aussi des journalistes et des personnes intéressées par la distribution. Le manuel commercial et la cassette destinée aux distributeurs montrent comment Meyer présente son projet. Il y parle d’adaptations de véhicules, de chauffage et d’autres applications. Un document qui expose les usages envisagés, un dessin de brevet et un film d’atelier répondent à trois questions différentes. En les lisant ensemble, on voit l’ambition de Meyer grandir plus vite que le volume de données publiquement vérifiables.
Le récit de la traversée des États-Unis a beaucoup circulé. Dans son enquête de 2007, Dean Narciso rapporte que Meyer estimait qu’une vingtaine de gallons d’eau suffiraient pour traverser le pays. D’autres reprises donnent des volumes différents. Une autonomie annoncée, même très précise, reste à distinguer d’un trajet documenté avec itinéraire, ravitaillements, charge et sources d’énergie relevés. Les documents examinés ici ne fournissent pas ce journal de route.
À lire. Article d’Electronics World, conservé sur Tesla3 · Manuels destinés aux distributeurs · Cassette des séminaires, transcription · Enquête de Dean Narciso, The Columbus Dispatch
1993–1997, ce que le registre judiciaire permet de dater
Le 21 septembre 1993, Richard Willis et Forrest Harper engagent une procédure civile dans le comté de Fayette. Les entrées du greffe retracent ensuite un désaccord sur l’inspection et les essais du dispositif de démonstration. Le juge Corzine rend sa décision oralement le 7 août 1996. Le jugement définitif en faveur des demandeurs est inscrit le 24 septembre. Le registre mentionne une demande de nouveau procès ou de rejet déposée par Meyer, puis, en mars 1997, la satisfaction du jugement.
La presse britannique présente l’affaire comme une fraude dans la vente de droits de distribution. Meyer conteste la manière dont les essais et la procédure ont été conduits. Sa réponse est publiée en mars 1997 par New Energy News. La revue accepte de changer le titre de son résumé. On peut ainsi lire, à côté du récit de presse, la réponse de l’inventeur et les étapes consignées par le greffe. Le registre signale aussi la destruction de pièces et de dépositions en 2014. Une partie du matériel qui aurait permis de reconstituer les essais est donc perdue.
À lire. Registre civil de Fayette, dossier CVH19930292 · Compte rendu de Fusion Facts à partir du Sunday Times · Réponse de Meyer, mars 1997
20 et 21 mars 1998, le dernier rendez-vous
Un centre de recherche devait être inauguré à Grove City. Le vendredi 20 mars, Meyer dîne au Cracker Barrel avec son frère jumeau Stephen et deux visiteurs belges. Il est pris d’un malaise. Stephen raconte plus tard que Stanley lui a dit avoir été empoisonné. Le témoignage du frère explique une part de la force du récit qui s’est propagé depuis. L’acte de décès situe la mort à l’hôpital, le lendemain, 21 mars. Le médecin légiste retient une rupture d’anévrisme cérébral et la police clôt l’enquête sans établir d’empoisonnement. Les sources ne s’accordent pas toutes sur l’heure exacte.
Dans les récits ultérieurs, le dîner, le malaise, les paroles rapportées et le décès sont souvent racontés comme un seul instant. Les séparer permet de rendre sa place à chaque témoin et à chaque document. Il faut aussi distinguer les frères. Stephen apparaît dans l’histoire comme collaborateur et témoin. Les recherches que des forums lui attribuent plus tard ont leur propre chronologie.
À lire. Acte de décès, presse locale et témoignages rapprochés · Enquête du Columbus Dispatch, 2007
Ce que les mémos ajoutent à l’histoire
Les onze mémos regroupés sur Tesla3 couvrent bien davantage que la démonstration d’une automobile. Le mémo WFC 422 porte sur la gestion de l’hydrogène. Le WFC 423 aborde l’injection d’eau. Le WFC 426 décrit la matrice électronique du VIC. Puis les WFC 428 à 430 ouvrent d’autres pistes, de la récupération de gaz d’échappement au résonateur à vapeur. Cette série raconte le déplacement de ses recherches vers des dispositifs multiples. Une idée datée dans un mémo peut être comparée à une demande de brevet ou à une vidéo, à condition de suivre la même pièce d’un document à l’autre.
Le manuel des distributeurs a un autre intérêt. Son index des figures permet de distinguer le dessin montré au public du dessin de détail associé à un appareil. Le dossier WFC 422-1DA, classé comme analyseur de diagnostic embarqué, montre encore une troisième catégorie de documents, celle du suivi et de la commande. Une page technique et une pièce conservée permettent parfois de relier un nom à un objet. Ce rapprochement vaut davantage qu’une photographie recadrée et republiée sans date.
À lire. Mémos et dossier de Tesla3 · Index des figures du manuel · Dossier du diagnostic embarqué WFC 422-1DA
Après Meyer, les archives reprennent vie
Les brevets ont gardé des dessins lisibles quand les cassettes se copiaient de lecteur en lecteur. Les mémos, de leur côté, montrent ce que Meyer comptait encore développer. Les forums des années 2000 ont ajouté une troisième couche à l’histoire. Des expérimentateurs ont comparé les figures, retrouvé des documents et publié des montages inspirés de l’inventeur. Lorsqu’une source tardive semble éclairer une scène ancienne, sa date et sa filiation permettent de savoir si elle ajoute une observation ou si elle relaie un document déjà connu.
Les deux pistes historiques les plus concrètes restent l’identification des versions successives du buggy, par des photographies datées et des vues du circuit d’alimentation, et la recherche de comptes rendus d’essais complets. Le dossier français de Tesla3 rassemble les onze mémos, des documents et des lectures qui permettent de reprendre ces pistes au plus près des pièces.
Archives pour poursuivre. Les onze mémos sur Tesla3 · Collection de presse et provenance des documents · Rubrique Water Fuel d’Energetic Forum